Ces trois mots circulent dans la même conversation, souvent comme des synonymes. Ils peuvent pourtant pointer dans trois directions opposées la même année, et c'est ce que je vous montre d'abord.
Une entreprise, une année, trois chiffres contradictoires
Une entreprise à 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires, en croissance.
Son excédent brut d'exploitation s'établit à 180 000 euros. Elle amortit 60 000 euros, paie 20 000 euros d'intérêts et 25 000 euros d'impôt. Son résultat net ressort à 75 000 euros.
Deux indicateurs positifs, et une entreprise qui va bien. Regardons la trésorerie sur la même année.
Elle part des 180 000 euros d'excédent brut. Sa croissance a augmenté son besoin en fonds de roulement de 90 000 euros. Elle a investi 70 000 euros. Elle a remboursé 45 000 euros de capital d'emprunt. Elle a payé 25 000 euros d'impôt et 20 000 euros d'intérêts.
Solde : moins 70 000 euros de trésorerie sur l'exercice.
Un excédent brut de 180 000, un résultat net de 75 000, une trésorerie qui recule de 70 000. Les trois chiffres sont exacts, aucun ne ment, et chacun raconte une histoire différente.
L'EBITDA mesure la performance du métier
Il répond à une question : votre activité, prise seule, dégage-t-elle de l'argent ?
Il se calcule avant amortissements, avant frais financiers et avant impôt. C'est volontaire : ces trois postes dépendent de choix qui ne concernent pas votre métier, à savoir le rythme d'amortissement de vos machines, le montant emprunté, votre régime fiscal. Deux entreprises identiques dans leur exploitation peuvent avoir des résultats nets très différents pour ces seules raisons.
Une précision utile. L'excédent brut d'exploitation français et l'EBITDA anglo-saxon sont proches sans être identiques : le premier exclut certains produits et charges de gestion courante que le second intègre souvent. Si vous vous comparez à des données de marché, vérifiez ce que le chiffre publié contient, sinon vous comparez deux choses différentes.
Le résultat net mesure ce qui vous reste
C'est le chiffre légal, celui qui est publié, celui qui alimente vos capitaux propres et détermine ce que vous pouvez distribuer.
Pour piloter au quotidien, il est trop tardif et trop chargé d'éléments qui ne dépendent pas de l'année écoulée.
Le cash mesure ce que vous avez
Ni une performance, ni un enrichissement. Une position, à une date. Et il obéit à sa propre logique : un remboursement de capital sort de votre banque sans passer par votre résultat, un amortissement diminue votre résultat sans rien faire sortir, une hausse du besoin en fonds de roulement immobilise du cash sans apparaître nulle part dans votre compte de résultat.
| Ce qu'il mesure | Ce sur quoi il ne dit rien | |
|---|---|---|
| EBITDA | La performance de l'exploitation | Vos investissements, votre dette, votre fiscalité |
| Résultat net | L'enrichissement comptable des associés | Le moment où l'argent entre et sort |
| Cash | Votre position à une date | Si votre modèle est durable |
« L'EBITDA, c'est un indicateur d'investisseur »
L'objection revient souvent chez les dirigeants de PME, et elle a un fondement réel. L'excédent brut d'exploitation a été popularisé par les fonds et les analystes, il ignore volontairement l'investissement et la dette, et il permet de présenter comme performantes des entreprises très endettées. La critique est ancienne et elle est fondée.
Elle tombe sur l'usage que je propose ici.
Je ne dis pas de piloter à l'EBITDA. Je dis qu'il isole une information que les deux autres chiffres noient : la performance de votre métier, indépendamment de vos choix de financement. Quand votre résultat se dégrade, c'est le seul indicateur qui vous dit si le problème vient de l'exploitation ou de la structure. Ce sont deux diagnostics et deux plans d'action différents.
L'objection redevient valable dès qu'on s'en sert seul. Un excédent brut d'exploitation présenté sans la dette, sans les investissements et sans la variation du besoin en fonds de roulement ne décrit rien d'utile. C'est d'ailleurs exactement ce que montre l'exemple du début.
Lequel regarder, et quand
Si vous vous demandez si votre métier est rentable, regardez l'excédent brut d'exploitation, et son évolution sur trois ans plutôt que son niveau absolu.
Si vous vous demandez ce que vous pouvez distribuer, regardez le résultat net et les capitaux propres.
Si vous vous demandez si vous pouvez recruter, investir ou tenir jusqu'en mars, regardez le cash, et seulement lui.
L'erreur la plus fréquente consiste à utiliser le premier pour répondre à la troisième question. Un excédent brut de 180 000 euros ne vous dit rien sur votre capacité à payer les salaires du mois prochain.
Ce que je vous demande de faire
Reprenez votre dernier exercice et refaites le calcul du début : partez de votre excédent brut, retranchez la variation de votre besoin en fonds de roulement, vos investissements, vos remboursements de capital, votre impôt et vos frais financiers.
Comparez le résultat à la variation réelle de votre trésorerie sur l'année. L'écart résiduel s'expliquera par des éléments mineurs.
Vous obtiendrez en une demi-heure la réponse à la question que beaucoup de dirigeants se posent depuis des années sans la formuler : où est passé l'argent. Rien ne vous oblige à en tirer une action. Mais vous ne confondrez plus les trois mots.